Kids·Lifestyle

Le temps kidnappé

Le temps…

Voici une notion difficile à quantifier, estimer, évaluer, valoriser.

Sa relativité évolue au cours de nos vies et, par deux fois, elle m’a éclaté au coeur. Le temps qui était synonyme de temps libre lorsqu’il n’était pas travaillé, de temps à voyager, à lire, à étudier, à faire du shopping, à m’amuser, à boire du café en allant sur le net, à être pris comme il venait ou à être programmé, ce temps m’est devenu un bien extrêmement précieux.

Ce temps m’a fait sentir sa force pour la première fois il y a quatre ans. Pour la seconde fois, il y a cinq mois. Il est devenu hors d’atteinte.

Le temps de la maternité, du devenir mère, du devenir parent ensemble, de ce lien qui m’unit à mes enfants est devenu tout à coup hors de prix. On me l’avait volé et c’est le coeur d’une lourdeur de plomb que je dus reprendre mes activités professionnelles sur un rythme endiablé. Le temps avait accéléré sa course et 24h ne suffisaient plus dans une journée.

J’avais beau essayer de relativiser la situation, ma raison ne parvenait pas à dompter mon coeur. Et n’y parvient toujours pas.

L’Organisation internationale du travail recommande une durée du congé de maternité de 14 semaines. Certains pays n’en accordent aucun, comme les Etats-Unis. Ceci est alors laissé au bon vouloir de l’employeur. En Belgique, Le congé de maternité est de 15 semaines avec 80% du salaire assuré le premier mois puis 75% les mois suivants.

Se comparer à nos voisins du nord, personnes ayant judicieusement saisi l’importance sociale d’un congé de maternité de longue durée (75 semaines en Suède avec 80% du salaire assuré) semblerait presque ubuesque tant le décalage est grand. Ne pas se comparer aux autres me semble être l’une des clés de la satisfaction.

Viser la lune mais être heureuse avec les étoiles.

Notre bonheur se cache en leur sein.

Par contre… Par contre… Pointer un fait qui m’anime d’un profond sentiment d’injustice depuis plusieurs années maintenant me pousse à porter la parole de toutes les femmes belges (et peut-être d’ailleurs) qui se reconnaîtront dans ma situation.

Mes deux grossesses ont été difficiles. A hauts risques. Ce n’est pas chose aisée et il faut faire avec cette réalité. Mes alitements ont duré de nombreuses semaines, de nombreux mois. Ma stupeur fut palpable lorsqu’il y a un peu plus de 4 ans, j’appris que tout congé maladie pris dans les six semaines précédant l’accouchement était décompté du congé de maternité. Le calcul était aisé. 15 semaines moins 6 semaines. 9 semaines. 9 semaines, c’était tout ce qu’il me restait pour être avec mon nouveau-né (prématuré de surcroît) avant de le confier aux mains d’autres que moi. Ce n’est pas la question de faire mieux que ces mains expertes et aimantes. Mais bien la conscience de la prématurité de cette séparation nocive pour le bébé et la maman. 9 semaines… 2 mois de vie…

Une semaine de congé supplémentaire peut être demandée en cas de maladie les 6 semaines complètes précédant l’accouchement. Nous voilà donc à 10 semaines. Merveilleux!

Quelles solutions? Une seule, faire une demande de congé parental pour essayer de grappiller quelques précieux jours, pour étirer ce temps manquant le plus possible, au prix de l’octroi d’une allocation ne permettant pas de faire perdurer la situation, voire même pour certains de la prendre, tout simplement.

Mon iniquité se situe à l’endroit-même où il a été estimé juste qu’une femme malade à la fin de sa grossesse se voit privée d’un temps essentiel avec son petit parce qu’elle n’avait qu’à avoir une grossesse facile. Ce n’est pas mon habitude de me saisir des mots pour les élever en armes contre qui que ce soit. Mais aujourd’hui, je le fais pour toutes les mamans qui se reconnaitront dans mon histoire et parce que, comme pour toute situation que l’on désire voir changer, se taire n’est pas une solution.

Tellement de fois, j’ai lu des posts sur Instagram de mamans qui se sentaient accablées par la dureté de la fin d’un congé de maternité trop court qui s’apparente à ce qu’on peut se permettre de nommer une violence.

Alors j’ai envie de terminer en ouvrant quelques questionnements. Qu’est-ce que quelques semaines dans une vie complète de travail? Que représente le développement de nos tout petits, de la relation fondamentale avec leur maman, base de toute autre relation et expérience sociale future, de leur santé physique et psychique, de l’importance de ces premières semaines de vie sur lesquelles ils devront se construire pour un jour s’élever et eux-mêmes participer à la vie sociale et économique ? Quel est donc le prix du temps? Quel est le prix de l’avenir? Quel est le prix de l’amour?

Merci de m’avoir lue.

Je vous embrasse!

4 réflexions au sujet de « Le temps kidnappé »

  1. Wahou tu as totalement raison de nos jour le congé de maternité et une monnaie d’échange à un travail que l’ont juge important.
    Mais au final ce congé de maternité est tout aussi important qu’un cdd ou cdi le lien que nous créons avec nos enfants sont priver de tout sens pour le bien de l’entreprise.
    Ton article m’as ému

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    1. Merci beaucoup pour tes mots touchants et justes… C’est important de se savoir lue et entendue et de savoir qu’une émotion, une pensée, est partagée. Et qui sait, peut-être, un jour, les choses évolueront ?… Merci à toi ! Je t’embrasse !

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